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Humeurs

Mais sinon, on peut s’aimer quand même ?

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A l’origine, je pensais écrire sur la liberté de parole qu’offre Internet et la manière dont certains l’utilisent pour blesser sans raison apparente. Mais depuis quelques semaines, c’est un autre phénomène que j’observe et que me rend tantôt dingue tantôt désespérée : cette haine sans limite qui contamine les réseaux sociaux et les médias, celle qui gronde en attendant de libérer tôt ou tard sa fièvre au grand jour.

Il y a un an, suite aux attentats de Paris et Saint Denis, j’avais écrit sur cette amie, profondément choquée et en colère comme nous tous, qui, elle, expulsait ses sentiments à travers des mots ignobles face auxquels je n’ai pas pu rester silencieuse. Je parlais de ce beau pays qu’est la France, que je voyais progressivement se couper en deux. Cela fait déjà quelques années que je vois cette méfiance devenue haine se propager autant sur les réseaux sociaux que de vive voix, je n’ai jamais été aveugle sur le sujet, contrairement à beaucoup de nos politiques, et je me suis engagée depuis des années maintenant à la combattre avec mes propres moyens. Mais au delà de toutes les horreurs et les douleurs qu’engendrent le racisme et l’intolérance, je vois émerger depuis quelques temps sur les réseaux sociaux un autre sentiment qui me fait froid dans le dos. Il ne s’agit plus seulement de haïr de manière idiote pour une religion, une origine, une apparence. Il s’agit de haïr l’autre, tout simplement, aveuglément.

Le haïr parce qu’il achète bio, le haïr parce qu’il vote (ou pas d’ailleurs !) à gauche, le haïr parce qu’il vit à Paris, le haïr parce qu’il voyage, le haïr parce qu’il a fait des études, le haïr parce qu’il est féministe, le haïr parce qu’il est patron, vegan ou je ne sais quoi encore… Quand avons nous suffisamment dévié pour détester quelqu’un et l’insulter sur la simple base d’une pensée, d’une conviction ou d’un mode de vie assumé qui ne prive personne de sa propre liberté ?

Il y a quelques années le terme « bobo » par exemple, était utilisé pour catégoriser une personne aisée, vivant dans une grande ville, engagée dans un mode de consommation bio/local/raisonnable, adepte d’une culture que l’on peut juger intellectuelle, prête à dépenser des sommes astronomiques dans la dernière épicerie fine à la mode, etc … J’avais déjà un peu de mal avec cet enfermement dans une case définie, mais passons, puisqu’il ne s’agissait que d’une petite moquerie sans grande incidence. Aujourd’hui, « bobo » est devenu une insulte, désignant une classe à elle toute seule sur laquelle on vomit une haine sans précédent, surtout lorsque le mot et suivi de « gauchiste ». A en lire certains commentaires sur des articles de presse, des messages sur Facebook ou des tweets, le bobo, responsable de tous les maux de la France d’aujourd’hui, ne mériterait rien d’autre qu’être traîné dans la poussière, rué de coup avant d’être mis à mort. J’ai pu lire tellement de haine sur le sujet, cela me fait froid dans le dos, surtout lorsque cette haine est reprise dans les discours politiques qui attisent la flamme (sans mauvais jeu de mot …) et contribuent à diffuser cette pensée qui fissure chaque jour encore plus notre société.

« Bobo » n’est qu’une illustration de ce phénomène qui a d’ailleurs eu une forte montée en puissance la semaine dernière à l’issue des élections aux USA. Au milieu de la confusion et de l’inquiétude que je comprends tout à fait puisque je la partage, si j’avais compté le nombre de messages dont le résumé pourrait être « Houra, les bobos prenez garde le peuple arrive et va vous butter », je pense qu’on ne serait pas loin du nombre de cigarettes que j’ai fumées ces 10 dernières années (et croyez moi, c’est pas joli ….).

Au delà de cette situation qui me préoccupe énormément, au delà de l’élection présidentielle française qui se profile et qui me donne la nausée, coincée entre une classe politique aveugle, déconnectée voire corrompue depuis des années et une autre qui semble presque avoir une guillotine à la place de la main droite tant elle surfe sur cette haine contagieuse, je me demande si nous sommes encore capables de tolérer l’autre, ou si nous ne sommes bons qu’à nous détruire.

Je sais que sur les réseaux sociaux on trouve tout et n’importe quoi, et que des petits malins s’amusent à « troller » les sujets important pour une raison que j’ai encore du mal à cerner. Mais je ne suis pas stupide et je ne suis pas candide non plus. Je sais que beaucoup de cette haine et de ces insultes sont pensées et partagées.

Chaque personne que je côtoie au quotidien a son propre avis, ses propres convictions. Je suis d’une famille traditionnellement à gauche, et je suis en désaccord sur beaucoup de sujet avec elle. J’ai dans mon entourage des personnes dont le discours est teinté de racisme ou d’homophobie, quand bien même leurs bulletins électoraux vont au PS. J’ai des amis qui sont anti féministes et que je ne me prive pas de reprendre à chaque fois que le sujet vient sur le tapis. J’en ai d’autres qui en sont les purs antagoniste. Certains qui votent FN, d’autres qui sont de l’autre côté à gauche et qui construisent leur pensée politique avec un regard indépendant. J’ai des proches qui sont patrons, d’autres au chômage, médecins, ouvriers, enseignants, ou encore commerciaux. D’opinions politiques différentes, ils croient en Dieu ou non, ils font attention à l’environnement si cela les intéresse, ils fument comme moi ou pas, les couples sont hétéros ou homos. Moi-même je me définirais grosses mailles comme centriste indépendante féministe exerçant un métier en vogue, habitant une maison à la campagne, faisant très attention à ses déchets, achetant en bio/local/raisonnable autant que son budget le lui permet (du coup je suis bobo ou pas ? Je peux garder ma tête ?). Moi-même, je suis aussi « bien-pensante » selon certains.

Et pourtant, nous nous voyons tous avec plaisir, nous sortons au restaurant ensemble, nous partageons un verre de vin ou un Coca. Nous nous racontons nos vies, nos problèmes et nous parlons de nos divergences d’opinion, de nos modes différents. Nous apprenons, nous réorientons nos pensées ou nous restons sur nos positions. Nous vivons ensemble et je n’a jamais vu de dédain où que ce soit, ce qui me donne encore de l’espoir.

Je ne comprends pas cette haine. Je ne conçois pas qu’elle puisse reposer sur des éléments aussi dénués d’incidence sur notre mode actuel. Je croyais que la force de mon pays était justement de pouvoir vivre ensemble malgré nos différences et lorsque je regarde mes proches je vois que ce rêve existe toujours. Mais je ne peux pas occulter ces messages que je vois passer depuis des mois. Je n’ignore pas la souffrance de beaucoup, loin de là, et je ne fais pas partie de ceux qui portent un regard hautain sur les autres en disant « quand on veut on peut » comme si le responsable de la souffrance était toujours celui qui la subit. Mais à quel moment peut-on penser que haïr son voisin est une solution ? Quand avons-nous commencé à haïr sur la base d’une image faussée que l’on se fait de l’autre ? Est-ce qu’on ne pourrait pas se focaliser sur les vrais problèmes plutôt que de se placer derrière des écrans de fumée ? Est-ce que l’on pourrait continuer à s’aimer quand même ?

Crédit photo : Jamie Street via Unsplash

Humeurs

Tu me trouveras toujours face à toi, mon amie

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Encore une fois, je n’ai pas su quoi écrire, alors que des milliers de mots m’ont traversé l’esprit ce weekend. Que pourrais-je dire qui n’aurait pas déjà été dit ? Avais-je le droit de parler, moi, petite blogueuse provinciale qui ne vivait que de très loin toute cette horreur même si je me la prenais en pleine face et que les larmes n’ont jamais été très loin ?

J’avais en fait décidé de ne pas écrire. De laisser celles et ceux qui s’expriment mieux que moi écrire à ma place, parler de ce que nous avons tous vécu, appeler à l’amour, au partage et à l’unité. J’ai vu ces portes s’ouvrir alors que les bombes et les balles prenaient place dans les rues de Paris, j’ai vu ces témoignages et ces visages qui effacent toutes ces frontières que l’on essaie de fermer. J’ai vu que le peuple français refusait de tomber dans le piège vers lequel des malades ont essayé de l’envoyer, à grands coups de kalachnikov. Alors je me suis dit que j’allais laisser parler les autres, puisque la France restait belle. Et debout. Et que je me tiendrai, comme toujours à ses côtés.

Et puis il y a eu cette amie. La même que celle qui m’avait poussée à écrire suite aux attentats de janvier. Je connais ses opinions politiques, nous avons eu plusieurs fois l’occasion de parler de nos désaccords, et nous avons souvent eu cette fierté d’être amies malgré ces divergences. Mais rien n’aurait pu me préparer aux mots qui ont été prononcés, ces mots qui datent d’un autre temps si tant est qu’ilsaient été légitimes un jour, ces mots qui glacent le sang parce que dénués d’humanité alors que c’est justement l’humanité qui a créé les mots.

Et puis il y a eu cette amie. Qui a parlé. Qui a dit des horreurs en me regardant comme si j’étais folle de ne pas penser comme elle. Parce que j’étais complètement à côté de la plaque quand je m’opposais à ses paroles. Parce que je ne comprends pas.

Parce que MOI, je n’ai pas d’enfant, alors je ne peux pas comprendre.

Non je n’ai pas d’enfant, c’est vrai. Mais j’ai une famille. J’ai des amis. J’ai des voisins, une boulangère, un patron, des connaissances et des centaines d’autres personnes que je croise simplement tout au long de la journée, à qui je dis bonjour, ou pas d’ailleurs. Ils sont chrétiens, musulmans, juifs, agnostiques ou athées. Ils sont français ou pas, et sincèrement je m’en fous. Ils font la richesse de mon pays, et je tiens à eux.

Non je n’ai pas d’enfant, c’est vrai. Mais comme tout être humain j’ai un cerveau qui me sert à réfléchir, et un cœur qui accueille plus facilement l’amour que la haine. Et ce malgré tout ce qui peut se passer.

Et j’en suis désolée. Je suis désolée si cela te choque, mon amie, mais je ne changerai pas. Je ne cèderai pas à cette peur qui a transformé ton cœur de maman en temple sombre. Je ne cèderai pas devant tes mots si cruels qu’ils ne valent pas mieux que ceux des fous qui ont fait s’éteindre Paris vendredi soir. Et saches que s’il t’arrivait de les prononcer à nouveau, tu me trouveras encore sur ton chemin pour y répondre. Parce qu’aux côtés de la France, je me tiens debout. Et que toi et tous ceux, trop nombreux, qui partagent tes pensées, vous nous trouverez toujours face à vous.

C’est fou ce qu’une cigarette et un simple « ça va ? » peuvent déclencher. Ce matin nous étions amies. Toute à l’heure je ne savais plus si j’ai encore envie d’en griller une et de boire un verre avec toi. Et ça me fait mal, parce que je me rends compte qu’un jour ils arriveront peut-être à nous séparer, toi et moi qui étions si fières d’être ensemble malgré nos différences. Je me rends compte que non, tout ne va pas bien, et que mon pays semble se fissurer en silence. Qu’une partie d’entre nous a cédé, et qu’elle attend son heure, tapie dans l’ombre.

Tu me trouveras toujours face à toi, mon amie. Parce que je résisterai, même pour toi, qui as choisi de tomber dans la haine car cela t’a semblé plus facile.