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Le poids de la féminité

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Vaste sujet que la féminité ! Que l’on soit mince, ronde ou dans ce qu’on appelle communément « la norme », chacune est femme comme elle l’entend.

Il y a quelques années j’étais très coquette. Toujours maquillée, ongles vernis, cheveux brillants toujours coiffés et vêtements à la mode. Mais tout ça a changé peu à peu lorsque j’ai pris du poids il y a 4 ans.


Ce qui est étrange lorsque l’on prend fortement du poids (25 kilos en 1 an dans mon cas), c’est que l’on a tout d’abord un déni. On sait que l’on grossit, mais quelque part quelque chose se déconnecte en nous et on laisse faire jusqu’au déclic.

J’ai d’abord commencé par abandonner le maquillage sous prétexte de ne plus avoir le temps alors que je n’en avais pas moins qu’avant. Ensuite les vêtements ont changé. Plus amples, plus sombres, plus « vieux » et surtout moins faciles à trouver quand on habite en province. Ont suivi les soins du corps (hydratation, gommages, etc …), le coiffeur et l’esthéticienne.

Le regard aussi change.

Celui des autres diffère selon qui l’on a en face de soi. Il y a d’abord les amis et la famille qui essaient parfois d’en parler mais ne savent pas trop sur quel pied danser de peur de vexer, de toucher un point sensible et d’émettre un jugement trop fort. Il y a l’amoureux qui t’assure que pour lui rien n’a changé mais que tu ne veux pas croire. Puis il y a l’avis médical. Le médecin généraliste qui te conseille de marcher un peu, l’air de rien. Mon plus grand « choc médical » m’a été donné par mon gynécologue. Lors de la controverse sur les pilules de 3ème et 4ème génération, je suis allée le voir pour lui demander si je devais en changer. Il m’a répondu qu’avec mon poids mon système hormonal était devenu « androgyne » et que la pilule que je prenais me permettait de maintenir un certain ordre dans tout ça. « Système androgyne », deux mots qui m’ont fait prendre conscience que mon poids n’était pas qu’une apparence, mais un bouleversement complet dans mon corps. Ces mots ont été le déclic qu’il me fallait.

Ensuite il y a le regard des autres. Ce que l’on ne connaît pas mais que l’on peut croiser partout. Ma pire « expérience » dans ce domaine a eu lieu dans mon supermarché au rayon des conserves. Deux étudiants y faisaient leurs courses également. L’un d’entre eux a dit « il nous faut du thon ». Et l’autre m’a désignée de la tête en disant « on en a un beau là, tout frais ». Ils ont pris leurs boîtes et sont partis, hilares. Quand mon compagnon m’a rejointe il m’a trouvée hébétée au milieu du rayon avec mes boîtes dans les mains. Il m’a demandée si ça allait, j’ai simplement ravalé mon humiliation, ma colère et mes larmes, je lui ai répondu que oui et j’ai fait comme si de rien n’était, comme si cela était normal « dans mon état ».

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Ce qu’il faut comprendre, en tout cas de comment j’ai vécu pendant 3 ans, c’est qu’inconsciemment j’ai mis comme un filtre sur ma personne. Aujourd’hui je fais un parallèle avec Alzheimer. Loin de moi l’idée de dire que la souffrance est la même car il n’en est évidemment rien. Mais pendant quelques années j’ai été déconnectée du reflet que me renvoyait le miroir. Ça n’était pas moi, ça ne pouvait pas être moi. Ce n’est pas que je ne me reconnaissais pas, c’est que j’ai appris à ne pas avoir de sentiment pour ce reflet. Et parfois, subitement, un éclair de conscience arrivait et je me rendais compte de ce que mon corps était devenu, de ce que j’étais en quelque sorte devenue. Quelques minutes où la souffrance, la colère et le dégoût réussissaient à passer le filtre, avant de me déconnecter à nouveau.

Tout ceci a changé progressivement, au hasard de rencontres, de discussions avec les amis, de lectures et de beaucoup d’amour de la part de mon homme.

Aujourd’hui j’essaie peu à peu de m’accepter. Je suis inscrite à Weight Watchers depuis quelques mois et je perds progressivement ce poids qui a empoisonné mon équilibre.

Les grandes enseignes comme Kiabi, poussées depuis quelques temps à ouvrir leurs gammes vers les grandes tailles, me permettent aujourd’hui de m’habiller un peu plus à la mode et j’ai du coup l’impression d’être revalorisée, de ne plus être mise à l’écart de ce que l’on considère « être une femme ».

Je me maquille à nouveau de temps en temps, je prends plaisir à m’occuper de mon corps. Prendre soin de soi c’est se redonner une valeur que l’on n’a en fait jamais perdue, mais il faut du temps pour s’en rendre compte.

Je suis plus indulgente avec moi-même, au fur et à mesure que je mincis je vois mes formes naturelles se redessiner et j’apprends à voir dans le miroir que tout n’est pas moche, que je suis bien là et que mon reflet m’appartient mais ne me définit pas.

Je comprends aussi que des cons il y en aura toujours pour te dire que tu es trop grosse, trop mince, trop brune ou je ne sais quoi encore. Si la bêtise avait attendu que je naisse pour arriver sur Terre ça se saurait.

C’est un travail de tous les jours. J’y vais petit à petit, redevenir féminine est plus difficile que de l’oublier. Mais j’y arriverai.

etre_une_femme3Crédits photos : pixabay, morguefile.