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Faut-il avoir honte d’aimer « Fast and Furious » ?

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Quand le premier Fast and Furious est sorti j’avais 13 ans (aïe …), les garçons au collège ne parlaient que de ce film. J’avais vu la bande annonce, ça ne m’intéressait pas plus que ça, je ne suis pas allée le voir. J’ai grandi, les autres volets sont sortis et étaient pour moi des films pour gars surexcités sans réelle cohérence cérébrale avec une bouteille de Desperados greffée à la main et un filet de bave sur le coin de la bouche. Oui, l’avis d’une jeune femme de 18 ans en quête d’identité intellectuelle est parfois très net. J’ai fini par en regarder un : Tokyo Drift. C’est encore pire que ce que je pensais, c’est relativement indigeste. Oui, j’ai regardé jusqu’à la fin, mais je me sens si coupable d’une telle bassesse que je me braque d’autant plus. Emballez c’est pesé, je ne remettrai jamais mon nez dans ce truc.

Et puis un jour on annonce la sortie de Fast and Furious 5 au cinéma. Mon chéri se dit intéressé. Je suis plus mature et plus ouverte à ce qu’on appelle dans le monde artistique « la culture de masse », mais quand même j’ai des limites : je ne comprends pas son enthousiasme. Il essaie de me convaincre et finalement arrache mon accord pour regarder les 4 premiers opus ensemble. Quelques heures plus tard : Houston, on a un problème, j’ai chopé le virus FF, je ne saurais pas réellement vous dire pourquoi ni comment. Et pourtant, mon cerveau répond toujours, je n’aime pas plus la Despé qu’avant et aucun filet de bave à l’horizon. Nous voilà dans de beaux draps …

Nous sommes allés voir le 5, puis le 6. J’ai adoré ce dernier opus et la scène du générique avec Jason Statham m’a fait trépigner d’impatience pour la suite. Et quand quelques mois plus tard j’ai appris que Paul Walker venait de trouver la mort dans une voiture lancée à toute vitesse (ironie de la vie bonjour), j’ai eu un gros pincement au cœur. J’avais d’autant plus hâte de découvrir Fast and Furious 7 qui avait donc deux buts : poursuivre la série et rendre hommage à un « frère » disparu.

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Nous avons tant bien que mal résisté une semaine pour aller voir le dernier film, sorti le 1er avril, afin d’éviter la cohue attendue et bel et bien là. Car quoi qu’on en dise les films marchent et ma génération a en partie grandit avec, les critiques sont loin d’être mauvaises (parfois même dithyrambiques) et le décès de Paul Walker pendant le tournage a ajouté une aura particulière au 7ème opus de la série. Je pense que je vais étonner mais j’ai moins aimé ce film que les deux derniers. C’est toujours aussi impressionnant, les scènes d’actions sont superbes, l’histoire est toujours là et ça reste un film très agréable à regarder. Mais j’ai trouvé que le film se perdait un peu dans la tentative, certes louable et indispensable, de rendre hommage à Paul Walker tout le long. Les clins d’œil à l’esprit des premiers films (nouveau réalisateur oblige) sont trop gros, l’humour est moins percutant et la trame principale a du coup un peu perdu en profondeur. Mais j’imagine aussi le mal fou qu’ont dû avoir les membres de l’équipe pour non seulement faire face au décès de l’un des leurs mais en plus rattraper un scénario à moitié mis sur « pellicule » afin d’obtenir un film cohérent tout en gardant le disparu à l’image. Sincèrement, ils s’en sortent très bien malgré tout et j’attends la suite avec impatience.

Vous l’aurez compris, j’aime Fast and Furious et non, je n’en ai pas honte. Je remercie même mon chéri de m’avoir à un moment forcé la main. Fast and Furious est une franchise qui n’a jamais eu la prétention d’être intellectuellement recherchée. Plutôt que d’en faire un complexe d’infériorité et d’essayer de s’en sortir tant bien que mal, les producteurs, scénaristes et réalisateurs ont pris le contre-pied : tant qu’à faire, allons-y à fond. Grosses voitures multicolores, hyper chromées et super puissantes : CHECK ! Scénario sans fioriture : CHECK ! Humour gras et décalé : CHECK ! Discours exacerbé sur l’esprit de famille, cascades invraisemblables, « folklore » de filles quasiment à poil pendant les courses et bastons « je me prends des coups de bonbonne de gaz dans la tronche et je m’en sors sans même une ride » : CHECK ! Mélangez tout ça avec un peu d’huile de moteur et de liquide de frein, vous obtenez un succès international, des millions de dollars de recettes, 7 films qui tiennent la route et d’autres à venir. Parce que contre toute attente, ça marche. Parce qu’on en prend plein les yeux, parce que l’histoire est attachante et à rebondissements, parce qu’en ce moment on a besoin de voir la tendresse des liens d’une famille au sens large, parce que quand Vin Diesel et Dwayne Johnson sourient on a envie de leur faire un bisou (si si, je vous jure !).

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Quant à la question que vous vous posez tous (ayez la gentillesse de ne pas me contredire s’il vous plaît) : ai-je pleuré à la fin du film ? Oui. J’ai essayé de faire en sorte que ça ne se voit pas trop, mais oui. La dernière scène est un magnifique hommage, un pont entre famille de fiction et famille réelle dont on ne distingue pas les frontières. Et c’est certainement la seule chose sur laquelle Fast and Furious n’exagère pas.

Et vous, que pensez-vous de Fast and Furious ?

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The Imitation Game, Alan Turing retrouve la place qui lui est due

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Dimanche 25 janvier, je tombe sur un entretien entre Laurent Weil et Benedict Cumberbatch. Ce dont ils parlent est très intéressant, ça ressemble beaucoup à la vie d’Alan Turing. Comment ça, un film sur Alan Turing ?? Chéri, faut qu’on aille au cinéma !! Oui, des fois je ne suis pas très au courant de ce qui sort sur les écrans …

En tant qu’ingénieurs en informatique, nous avons plusieurs « dieux », scientifiques ou écrivains. Trônent en tête Isaac Asimov et Alan Turing (non, Bill Gates, Steve Jobs et Mark Zuckerberg ne font pas partie du classement, même si leurs actions de démocratisation de l’informatique et de façonnage du monde connecté sont remarquables). Isaac Asimov, vous le connaissez certainement, même sans avoir retenu son nom, vous avez forcément un jour ou l’autre entendu parler des trois lois de la robotique (fondements du film I Robot avec Will Smith). Pour Alan Turing c’est différent. A la limite, les aficionados Apple ont peut-être entendu parler de la légende autour du logo à la pomme croquée. Mais dans l’ensemble, ce génie est resté dans un cruel anonymat alors qu’il fait tout simplement partie de ceux qui ont bâti les fondements du monde d’aujourd’hui. Moi-même, si je n’avais pas fait ces études à l’université, je n’en aurais sans doute jamais entendu parler. Mais revenons-en à The Imitation Game, film sorti sur nos écrans mercredi dernier.

L’histoire

1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Le film commence par un cambriolage au domicile du prénommé Alan Turing. Deux agents se rendent sur place et sont très fraîchement reçus dans une maison sans dessus dessous. L’un d’eux est persuadé que l’homme leur cache quelque chose, aucun objet n’ayant apparemment été dérobé. Il va alors engager des recherches, se heurter au secret défense, obtenir le dossier tant convoité et s’apercevoir que celui-ci est tout simplement vide, ce qui ne fera que le conforter dans son intuition. Arrêté pour une toute autre « affaire » (« délit d’homosexualité », oui oui ….), Alan Turing termine tout de même en cellule. L’inspecteur obtient une heure de temps pour l’interroger sur ses activités pendant la Seconde Guerre Mondiale, activités que l’on semble vouloir protéger au plus haut de la hiérarchie. S’engage alors un jeu de l’imitation (« test de Turing ») pendant lequel Alan Turing va révéler son histoire : comment, avec quelques autres génies et malgré un certain handicap relationnel, il a réussi à casser le code Enigma, offrant ainsi aux Alliés le tournant inestimable qui leur permettra de gagner la guerre.

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Mon avis

Je connaissais dans les grandes lignes l’histoire d’Alan Turing, ses difficultés, son rôle dans la victoire des Alliés, ses travaux dans l’informatique et l’intelligence artificielle. Cela ne m’a pas empêchée d’être bouleversée par ce film.

La première bonne surprise, c’est qu’il ne verse pas dans le misérabilisme, écueil dans lequel il aurait facilement pu tomber : génie incompris + difficultés relationnelles + homosexualité au cœur du XXème siècle, le terrain était relativement glissant. Rien n’est caché, les faits sont crus, parfois cruels, mais jamais larmoyants.

Le film est fidèle à l’histoire d’Alan Turing. Il se compose autour de sauts dans le temps : arrestation, travail sur Enigma et enfance s’entrecroisent pour donner au spectateur toutes les cordes pour comprendre et dénouer l’histoire de ce héros presque anonyme. Si on ne connaît pas sa vie, on se doute du dénouement, ce qui n’enlève rien au suspense du film : on est tout simplement happé du début à la fin.

La réalisation de Morten Tyldum est magnifique et la photographie est très belle. Même si l’équipe d’Alan Turing se trouve loin des zones de combat, la guerre est omniprésente sans être frontale : dans les discussions, dans les tunnels de métro où la population trouve refuge ou dans les gravats et murs de sacs de sables des rues londoniennes .

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Benedict Cumberbatch incarne à la perfection Alan Turing. Il est tour à tour froid, détestable, imbus, triste, vulnérable, seul, soutenu, torturé, mais toujours génie au cerveau en ébullition constante. Il y a bien longtemps qu’une performance ne m’avait pas autant scotchée à mon fauteuil. Il concourt au titre d’Oscar du meilleur acteur cette année, et c’est amplement mérité tant il est magistral.

Keira Knightley également est épatante. Dans le rôle de Joan Clarke, elle aussi est une personne qui souffre dans ce monde et cette époque où la femme n’a sa place qu’en tant qu’épouse, mère et à la limite infirmière, secrétaire ou opératrice. Extrêmement douée, elle rejoindra tout de même, officieusement dans un premier temps, l’équipe d’Alan Turing, lui apportant son aide autant dans ses travaux scientifiques que dans ses troubles relationnels.

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Entre avancées technologiques, responsabilité et question du secret (qui peut être sauvé et qui doit mourir pour que les allemands ne puissent pas comprendre qu’Enigma a été déchiffrée), existence dans un monde que l’on ne comprend pas, féminisme et horreur des traitements infligés aux homosexuels de l’Angleterre (et tant d’autres pays …) de l’époque, ce film est un vibrant hommage à celui qui a contribué à révolutionner la fin du XXème siècle et ceux à venir. Gracié par la Reine Elisabeth II en 2013, Alan Turing retrouve aujourd’hui, grâce à The Imitation Game, le rang et la reconnaissance dont il n’aura malheureusement et honteusement pas pu bénéficier de son vivant.

Pour aller plus loin (liens Wikipedia) :

Alan Turing, Enigma, Test de Turing

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Peter, mais qu’as-tu-fait ?

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Depuis 13 ans Peter Jackson nous invite à voyager dans ce magnifique monde qu’est la Terre du Milieu. D’abord avec la magnifique trilogie du Seigneur des Anneaux, puis Le Hobbit est entré en scène ces dernières années. Je suis totalement fan de ces films, j’ai d’ailleurs une grosse préférence pour Le Seigneur des Anneaux que j’ai également lu. L’amoureux et moi faisons un marathon trilogie environ deux fois par an. Un peu moins fan du Hobbit, mais je n’ai pas lu le livre, ces derniers films restent à mes yeux de très bons opus.

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Alors en grands amateurs de l’univers de Tolkien et des adaptations de Peter Jackson, nous sommes allés dès jeudi après midi voir le final de ce merveilleux voyage. Nous étions très excités de découvrir la fin de l’histoire et en même temps nous sommes entrés dans la salle avec une certaine nostalgie, car nous savions que nous embarquions pour la dernière fois. Mais je suis ressortie du cinéma en colère, et je n’exagère presque pas.

La Bataille des cinq armées est un bon film dans l’ensemble. Toujours de beaux paysages quand les scènes s’y prêtent, des acteurs qui jouent parfaitement leur rôle, un scénario bien ficelé, je ne me suis pas ennuyée une minute car la cadence est bien réglée. Le câblage vers le Seigneur des Anneaux est excellent de manière à ce que les deux trilogies se complètent totalement. En somme, un film que j’achèterai en Blu-ray dès sa sortie.

Mais pendant le film je me suis demandée si c’était réellement Peter Jackson aux manettes. Lui qui était super pointilleux sur la réalisation, qui nous a fait un dragon extraordinaire (aidé du si talentueux Benedict Cumberbacht), des films aux effets spéciaux remarquables et parfaitement intégrés à chaque scène, lui qui a remis en vogue tout un genre cinématographique et qui a magistralement adapté une œuvre à laquelle personne ne voulait se frotter, comment a-t-il pu laisser passer un tel montage final ?

Je ne vous parlerai (presque) pas de la scène de Smaug, réglée en 3 minutes et deux coups de cuillères à pot, de Thauriel qui n’est au final présente que pour l’amourette de la trilogie ou de la scène lourdingue de Thorin se battant contre le Mal du Dragon. Le Mal, justement, est ailleurs.

Nous avons vu le film en 3D et HFR, soit 48 images par seconde au lieu des 24 dans le cinéma traditionnel. Cette technologie tend à donner aux films qui l’utilisent un réalisme impressionnant et une immersion totale (passé les 3 premières minutes pendant lesquelles le cerveau a l’impression de visionner un film en accéléré). Et il faut bien le dire, dans Le Hobbit, les scènes fixes, de dialogues, ou de plans larges sont éblouissantes de netteté, les couleurs extraordinaires, bref le résultat est sublime. Sauf que dans La Bataille des cinq armées, ces scènes ne sont pas légions, et c’est là qu’arrive le drame.

Je ne saurai pas dire si c’est à cause du HFR, de la 3D, de la combinaison des deux ou parce que la majeure partie du film a été tournée devant un écran bleu (trop de numérique tue-t-il le numérique ?), mais nous avons été consternés par l’intégration des effets spéciaux du film. Certaines créatures et acteurs ont purement et simplement l’apparence et la gestuelle d’un personnage de jeu vidéo (GTA et World of Warcraft bonjour !), et je ne vous parle même pas de la scène où Legolas grimpe un escalier en chute libre, là on était au summum du ridicule.

Alors oui il ne s’agit que d’une poussière au milieu de tout le travail qu’a demandé ce film, mais cette petite poussière nous a gratté l’œil pendant 2 heures, nous empêchant d’apprécier ce final à sa juste valeur. Je suis ressortie du cinéma écœurée. Je sais que je peux avoir des avis (trop ?) tranchés, alors j’ai attendu que l’amoureux me donne son ressenti avant de lui faire part du mien, et il m’a dit exactement la même chose. Nous avons entendu les conversations des autres spectateurs qui sortaient de la salle en même temps que nous, et le constat était unanime : le film est plombé par ses effets spéciaux.

Dans les deux premiers films du Hobbit, ces même technologies étaient utilisées et ne m’avaient absolument pas dérangée, bien au contraire je trouvais que l’effet était des plus réussis (mention spéciale encore une fois au dragon). C’est donc avec d’autant plus d’incompréhension que je me demande comment le grand Peter Jackson a-t-il pu accepter ce résultat.

Nous avons dans notre petite ville un cinéma qui n’est équipé ni pour la 3D ni pour le HFR, je vais essayer de motiver l’amoureux pour retourner voir le film sans ces technologies. Je ne voudrais pas rester sur cette dernière mauvaise note …

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Note suite à la rédaction de mon article : je viens de lire cet article, apparemment l’avant première officielle du film a eu lieu à Paris en présence de Peter Jackson. Initialement prévue en 3D HFR, le réalisateur a décidé au dernier moment de laisser tomber la 3D et de le passer en 2D HFR, choix plutôt étonnant de la part d’une personne qui a plutôt tendance à assumer pleinement ses choix artistiques. Peut-être a-t-il vu qu’il y avait effectivement un soucis ?