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Humeurs

Ce qu’ils nous laissent

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Qu’ils soient innés ou dus au hasard de la vie, les rencontres, amitiés et liens familiaux se font et se défont au cours de notre existence. Nous grandissons à travers ces relations. Nous nous enrichissons grâce à ce qu’elles nous apportent de bon et de moins bon. Mais un jour, nous décidons de mettre fin à un lien toxique, quelqu’un choisit de quitter notre route ou un être cher nous est arraché.

Quand nous perdons un parent aimé, un ami ou une connaissance, nous avons souvent le regret de ne pas avoir assez profité des instants passés en sa compagnie, de ne pas avoir pris « tout ce que l’on pouvait prendre » tant qu’il était encore temps, en prévision du jour où nous ne pourrions plus le faire. Parfois, celui qui part ou que l’on décide de quitter ne nous laisse pas que du bon. Mais tous nous laissent quelque chose.

Nous nous souvenons de Louis XIV à travers Versailles, Vinci nous a légué La Joconde, Michael Jackson le moonwalk. Tout cet héritage s’est intégré dans notre culture commune. Mais j’ai également un patrimoine qui m’est propre, des brides de ce que d’autres m’ont laissé en partant. Un sentiment, une musique, une odeur, un souvenir.

Une musique

Mon papa était un grand fan de Genesis et de Phil Collins. Je me souviens d’après midi passés dans son bureau, moi en train de colorier ou de faire mes devoir sur une petite table pendant que lui corrigeait des copies au son de « In the Air tonight », « Land of confusion » ou encore « Jesus He Knows Me ». Batteur à ses heures perdues, il marquait le tempo en tapant ses stylos sur la table. Il avait aussi accroché aux murs des affiches des concerts du groupe. Il a été emporté il y a 15 ans par un cancer alors que je venais d’avoir 12 ans. L’image la plus marquante qu’il me reste de lui c’est celle d’un amoureux de la musique jouant à la batterie avec des stylo BIC à la lumière d’une lampe de bureau. Le jour où Phil Collins partira à son tour, on m’enlèvera certainement mon papa une nouvelle fois. Mais je préfère ne pas y penser, et redevenir cette petite fille à chaque fois que j’écoute du Genesis.

Une odeur

En fait, deux odeurs. Celles de ma mère. Je n’ai plus de contact avec elle depuis 5 ans, c’est moi qui l’ai décidé. Pour moi, pour mon bien, pour pouvoir vivre sans peur ou culpabilité.

La première (attention instant super glam’), c’est son odeur à elle. Je la sens parfois sur moi, et c’est à chaque fois un sentiment partagé entre le réconfort, la nostalgie d’une relation que j’aurais aimé avoir et la peur. Je ne lui ressemble pas beaucoup physiquement, mais savoir que j’ai parfois cette odeur me trouble beaucoup, comme un coup de canif dans le travail que je fais chaque jour sur moi pour me différencier. Mais je ne pourrai rien y changer, alors j’essaie d’apprivoiser, de m’y faire, de me dire qu’il fallait bien quand même que j’hérite de quelque chose, et si ça n’est que ça c’est un moindre mal.

La seconde odeur c’est celle de la cigarette.  L’un des rares moments de tendresse était un rituel qui a disparu peu à peu avec le temps (et au fur et à mesure que notre relation se dégradait). Chaque soir, après avoir fumé sa cigarette, ma mère venait nous embrasser pour nous souhaiter une bonne nuit. Un bisou qui sentait le tabac, mais j’aimais bien cette odeur, il y avait quelque chose de réconfortant, c’était un moment dont j’essayais de profiter à fond, comme tous les moments tendres que j’ai pu avoir avec elle. Aujourd’hui je pense que mon addiction à la cigarette peut venir de ce souvenir, de ces moments où quoi qu’il se soit passé dans la journée, elle venait m’embrasser, comme pour me dire « je t’aime quand même ».

Un rituel

Parfois les conflits familiaux font que des personnes que l’on aime le plus au monde s’éloignent. C’est ce qui s’est passé avec ma sœur : la prunelle de mes yeux, ma meilleure amie. Il y a bien entendu eu des disputes, des moments moins sympas, mais j’ai toujours eu une relation fusionnelle avec elle. Elle a une nature de cheveux très difficile mais magnifique : entre ondulés et crépus, secs, extrêmement volumineux. Comme elle les portait longs, elle venait tous les soirs dans ma chambre avant de se coucher. Elle m’apportait sa brosse, et je passais quelques minutes à lui démêler les cheveux, avant qu’elle n’aille dormir. Depuis que nous ne nous voyons plus, je me souviens de tous ces bons moments qu’on a passé ensemble, et plus particulièrement de ce rituel. Aujourd’hui, elle revient peu à peu vers moi, je la laisse prendre ses marques et décider de l’avenir de notre relation. Qui sait, un jour peut-être arrivera-t-elle de nouveau avec sa brosse à la main ?

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Garder le souvenir de ce qui a existé est important. Bon ou mauvais, il nous rappelle ce sur quoi on se construit chaque jour, les erreurs à ne pas faire, les choses à dire avant de ne plus en avoir l’occasion.

Et vous, quels souvenirs vous a-t-on laissés ?

Crédits photo : Death to the Stock Photo