Humeurs

Tu me trouveras toujours face à toi, mon amie

517 Views

Encore une fois, je n’ai pas su quoi écrire, alors que des milliers de mots m’ont traversé l’esprit ce weekend. Que pourrais-je dire qui n’aurait pas déjà été dit ? Avais-je le droit de parler, moi, petite blogueuse provinciale qui ne vivait que de très loin toute cette horreur même si je me la prenais en pleine face et que les larmes n’ont jamais été très loin ?

J’avais en fait décidé de ne pas écrire. De laisser celles et ceux qui s’expriment mieux que moi écrire à ma place, parler de ce que nous avons tous vécu, appeler à l’amour, au partage et à l’unité. J’ai vu ces portes s’ouvrir alors que les bombes et les balles prenaient place dans les rues de Paris, j’ai vu ces témoignages et ces visages qui effacent toutes ces frontières que l’on essaie de fermer. J’ai vu que le peuple français refusait de tomber dans le piège vers lequel des malades ont essayé de l’envoyer, à grands coups de kalachnikov. Alors je me suis dit que j’allais laisser parler les autres, puisque la France restait belle. Et debout. Et que je me tiendrai, comme toujours à ses côtés.

Et puis il y a eu cette amie. La même que celle qui m’avait poussée à écrire suite aux attentats de janvier. Je connais ses opinions politiques, nous avons eu plusieurs fois l’occasion de parler de nos désaccords, et nous avons souvent eu cette fierté d’être amies malgré ces divergences. Mais rien n’aurait pu me préparer aux mots qui ont été prononcés, ces mots qui datent d’un autre temps si tant est qu’ilsaient été légitimes un jour, ces mots qui glacent le sang parce que dénués d’humanité alors que c’est justement l’humanité qui a créé les mots.

Et puis il y a eu cette amie. Qui a parlé. Qui a dit des horreurs en me regardant comme si j’étais folle de ne pas penser comme elle. Parce que j’étais complètement à côté de la plaque quand je m’opposais à ses paroles. Parce que je ne comprends pas.

Parce que MOI, je n’ai pas d’enfant, alors je ne peux pas comprendre.

Non je n’ai pas d’enfant, c’est vrai. Mais j’ai une famille. J’ai des amis. J’ai des voisins, une boulangère, un patron, des connaissances et des centaines d’autres personnes que je croise simplement tout au long de la journée, à qui je dis bonjour, ou pas d’ailleurs. Ils sont chrétiens, musulmans, juifs, agnostiques ou athées. Ils sont français ou pas, et sincèrement je m’en fous. Ils font la richesse de mon pays, et je tiens à eux.

Non je n’ai pas d’enfant, c’est vrai. Mais comme tout être humain j’ai un cerveau qui me sert à réfléchir, et un cœur qui accueille plus facilement l’amour que la haine. Et ce malgré tout ce qui peut se passer.

Et j’en suis désolée. Je suis désolée si cela te choque, mon amie, mais je ne changerai pas. Je ne cèderai pas à cette peur qui a transformé ton cœur de maman en temple sombre. Je ne cèderai pas devant tes mots si cruels qu’ils ne valent pas mieux que ceux des fous qui ont fait s’éteindre Paris vendredi soir. Et saches que s’il t’arrivait de les prononcer à nouveau, tu me trouveras encore sur ton chemin pour y répondre. Parce qu’aux côtés de la France, je me tiens debout. Et que toi et tous ceux, trop nombreux, qui partagent tes pensées, vous nous trouverez toujours face à vous.

C’est fou ce qu’une cigarette et un simple « ça va ? » peuvent déclencher. Ce matin nous étions amies. Toute à l’heure je ne savais plus si j’ai encore envie d’en griller une et de boire un verre avec toi. Et ça me fait mal, parce que je me rends compte qu’un jour ils arriveront peut-être à nous séparer, toi et moi qui étions si fières d’être ensemble malgré nos différences. Je me rends compte que non, tout ne va pas bien, et que mon pays semble se fissurer en silence. Qu’une partie d’entre nous a cédé, et qu’elle attend son heure, tapie dans l’ombre.

Tu me trouveras toujours face à toi, mon amie. Parce que je résisterai, même pour toi, qui as choisi de tomber dans la haine car cela t’a semblé plus facile.

You Might Also Like

Leave a Comment

Leave a Reply